Les jardins à la française

Jardin à la française de Chenonceau

Jardins du château de Villandry

Le jardin à la française, également appelé jardin régulier ou jardin classique, est un type de jardin baroque « paysager » basé sur la symétrie et le principe d’imposer de l’ordre à la nature avec des garnitures et des agréments, expression du classicisme dans l’art des jardins, autrement dit la recherche de la perfection formelle, d’une majesté théâtrale et d’un goût du spectacle. La conception française suit clairement la formule « Nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » de René Descartes.

Ces espaces sont directement inspirés des jardins du nord de l’Italie pour leur statuaire et la gestion des végétaux. Ils s’inspirent directement de l’art topiaire utilisé depuis l’époque romaine. Pourtant ils sont en général dotés d’une superficie plus grande et un souci plus prononcé de rigueur formelle. Ils font ainsi entrer le paysage dans le jardin. Le principe fondamental du jardin à la française est l’usage d’une grande perspective organisée le long d’un axe de symétrie, où les connaissances qu’on avait à l’époque de l’optique sont utilisées pour magnifier les vues le long de cet axe, mais aussi pour ménager des effets de surprise. Un jardin peut contenir plusieurs axes. Ainsi les surfaces sont terrassées, planes et linéaires. Ils accordent aussi une large place aux jeux d’eau, ce qui nécessite des aménagements hydrauliques lourds pour les canaux et des bassins. On y trouve également des orangeries et de nombreux bosquets plus intimes à l’écart des axes principaux, souvent dotés de pavillons ou d’autres attractions.

Le jardin classique culmine au XVIIe siècle avec la création pour Louis XIV du jardin de Versailles conçus par André Le Nôtre, qui devient une référence pour les cours d’Europe.

Le classicisme s’exprime également dans l’horticulture. Jean-Baptiste de La Quintinie initie un art de la taille fruitière et des techniques de culture sur couche qui marqueront durablement les jardins de production. Mais le terme « jardin classique » n’est retenu que pour les jardins d’agrément.

Influence de la Renaissance

Le jardin à la française est issu des jardins de la Renaissance française, un style inspiré du jardin de la Renaissance italienne du début du XVIe siècle. Le jardin de la Renaissance italienne, caractérisé par le jardin de Boboli à Florence et la Villa Medicea di Fiesole, se caractérise par des parterres de plantations créés selon des formes géométriques et disposés avec des motifs symétriques, l’utilisation de fontaines et de cascades pour l’animer, des escaliers et des rampes pour unir ses différents niveaux, des grottes, labyrinthes et une statuaire sur des thèmes mythologiques. Les jardins sont conçus pour représenter l’harmonie et l’ordre, les idéaux de la Renaissance, et pour rappeler les vertus de la Rome antique. Les jardins à la française sont symétriques et bien entretenus pour représenter l’ordre, qui s’étend à la société française de l’époque.

Après sa campagne en Italie de 1495, où il visite les jardins et les châteaux de Naples, le roi Charles VIII fait venir de Naples des artisans et des créateurs de jardins italiens, tels que Pacello da Mercogliano, et ordonne la construction de jardins à l’italienne dans sa résidence du château d’Amboise et au Château Gaillard, son autre résidence privée à Amboise. Son successeur, Henri II, qui voyage également en Italie et rencontre Léonard de Vinci, crée un jardin Italien à proximité au château de Blois[2]. À partir de 1528, le roi François Ier crée de nouveaux jardins au château de Fontainebleau, comprenant des fontaines, des parterres, une forêt de pins ramenés de Provence et la première grotte artificielle de France[3]. Le château de Chenonceau possède deux jardins de style nouveau, un créé pour Diane de Poitiers en 1551 et un second pour Catherine de Médicis en 1560[4].

En 1536, l’architecte Philibert Delorme, à son retour de Rome, crée les jardins du château d’Anet selon les règles italiennes des proportions. L’harmonie soigneusement conçue d’Anet, avec ses parterres et ses plans d’eau intégrés à des sections de verdure, est devenue l’un des exemples les plus anciens et les plus influents du jardin à la française classique[5].

Si les jardins de la Renaissance française sont très différents dans leur esprit et leur apparence des jardins médiévaux, ils ne sont toujours pas intégrés à l’architecture des châteaux et sont généralement entourés de murs. Dans la conception des jardins à la française, le château ou la maison est censé être le point focal visuel. Les différentes parties des jardins ne sont pas harmonieusement reliées entre elles et sont souvent placées sur des emplacements difficiles, choisis pour un terrain facile à défendre plutôt que pour leur beauté. Tout cela va changer au milieu du XVIIe siècle avec l’aménagement du premier véritable jardin à la française.